Approuvé par la commune de Heuvelland , le projet de pipeline, entre Clarebout (Neuve-Église) et la Lys, fait l’objet , chez nous, d’une enquête publique qui se termine ce 3 juin.
C’est vraiment très (trop ?) court pour étudier un volumineux dossier (plusieurs centaines de pages), en apprécier les effets et donner un avis circonstancié…
Il est cependant important de réagir !
LE PROJET
Le projet est décrit dans une notice d’évaluation des incidences sur l’environnement (NEIE), consultable à la Ville. Il consiste :
1° à placer deux conduites enterrées entre l’usine Clarebout de Neuve-Église et la Lys.
- Diamètre des conduites : 25 cm.
- Longueur d’emprise : 11,5 km (8,75 km sur le territoire de Comines-Warneton).
Cette double conduite traverse horizontalement notre entité entre le lieudit « Le Saint-Quentin » (Ploegsteert) et la Lys canalisée, à proximité du cimetière de Bas-Warneton. Elle suit une ancienne voie de chemin de fer, partiellement transformée en RAVeL.
En rouge, le tracé de la conduite sur le territoire de Comines-Warneton.

2° à y effectuer à terme un captage d’eau d’une capacité de 452,66 m³/h (soit près de 3 millions de m³/an an) ainsi qu’un rejet d’eau usées de 167,94 m³/h (capacité 1 million de m³/an) au moyen de pompes fonctionnant en permanence (24h/jour, 7 jours/semaine). Le déficit d’eau sera donc de près de 2 millions de m³/an).
Ci-dessous, le site du pompage :

Le demandeur est la firme Azulatis, une entreprise privée basée à Deerlijk, spécialisée dans la fourniture d’eau industrielle à de grands consommateurs.
Pour justifier sa demande, la firme donne deux justifications qui semblent frappées du bon sens, mais .qui cachent les vraies motivations de ce projet :
- mieux vaut pomper dans la Lys que dans la nappe ;
- mieux vaut rejeter dans la Lys que dans la Douve.
Au stade actuel, on ne connait qu’un seul client d’Azulatis : Clarebout-Neuve-Église.
Ses besoins sont de 82,5 m³/h pour le captage et de 80 m³/h pour les rejets.
Mais cela ne représente qu’une (petite) partie du projet global.
Signalons aussi qu’outre un permis d’urbanisme et d’environnement, ce projet nécessite, avant le début des travaux, l’obtention d’une servitude sur l’ensemble des parcelles privées concernées (soit148 parcelles, dont la moitié seront grevées à titre définitif).
Si un seul propriétaire refuse, le projet est donc caduc.
Notons au passage que l’un des propriétaires n’est autre que la commune...
QU’EN PENSER ?
Problème n° 1 :
Le projet présenté, c'est un « Un chat dans un sac »
Le dossier décrit les seuls besoins du premier client d’Azulatis : Clarebout Neuve Église.
Bien qu’ils ne soient pas évoqués, on connait les problèmes rencontrés et engendrés par cette entreprise.
On ne connait pas, en revanche, l’identité des autres clients potentiels.
On peut penser à l’abattoir Covameat de Messines, à un gros producteur de légumes et à de gros agriculteurs du Heuvelland (via le remplissage de bassines ?), ou encore à des éleveurs industriels : tout est possible.
Notons qu’en son temps, le Cadec avait pu constater que les rejets de Covameat étaient très problématiques et que sa station d’épuration ne fonctionnait pas toujours…
Quoi qu’il en soit la différence entre les besoins de Clarebout-Neuve Église et la capacité du pipeline est énorme :
à terme, les rejets seront multipliés par 2, les captages par 5,5 !
Il faudra, certes, demander de nouveaux permis d’environnement. Mais le pipeline sera là, prêt à servir !
Le dossier ne prend pas non plus en compte les autres entreprises qui effectuent déjà des captages ou rejets dans la Lys mitoyenne : Clarebout-Warneton, des agriculteurs ou firmes privées qui ne sont pas tous de Comines-Warneton.
Le pompage est particulièrement actif en période de canicule, quand le débit de la Lys est proche ou égal à zéro.
Il y a aussi les prélèvements ou rejets côté français, qui ne sont pas comptabilisés dans l'étude.
Tout cela fausse complètement les données de la notice d’incidences.
Dès lors, celle-ci, très détaillée sur l’avifaune, la flore, la géologie…. de notre région (peu impactées par le projet) passe sous silence les vrais risques de ce projet pour notre entité et pour la Lys.
Problème n° 2 :
La pollution de la Lys sera aggravée, alors qu'une amélioration serait nécessaire.
Dans sa notice d’évaluation des incidences sur l’environnement (NEIE), le bureau d’études relève le mauvais état physico-chimique de la Lys. La rivière ne répond pas aux objectifs environnementaux fixés par la Directive cadre européenne sur l’eau (DCE-2000//CE) et se trouve en situation de « dérogation ».
Il ressort aussi de cette NEIE :
· que les rejets d’Azulatis sont de nature à aggraver cette situation préexistante ;
· que le déficit entre les captages et les rejets (2.000.000 m³/an !) entraînera une concentration de la pollution.
Dans son argumentaire, le bureau d’études indique que «la Lys n’est pas une petite rivière », que son débit moyen ne descend jamais en dessous de quelques m³/seconde. Et donc que, proportionnellement, les rejets et les prélèvements résultant du projet n’affecteraient que très peu le mauvais état de la rivière.
On croit entendre « foutu pour foutu… ».
Cependant, en observant les graphiques, on constate qu’en période de canicule, le débit de la Lys s’approche (et atteint) le zéro.
Et les dérèglements climatiques accélèreront inévitablement cette situation.
En annexe à la NEIE, on trouve une étude de l’université de Liège sur l’impact de Clarebout-Warneton sur la qualité de l’eau de la Lys.
Sa conclusion est claire :
" Les résultats de l’étude ne signifient cependant pas que l’on pourrait augmenter sans problèmes les rejets de l’entreprise, vu que :
> la qualité des eaux de la Lys en Région wallonne est actuellement moyenne : la Lys ne respecte pas « le bon état écologique » au sens de la DCE. Une attention particulière doit donc viser à limiter tout rejet supplémentaire dans la Lys
> la qualité des eaux de la Lys s’améliore (normalement) vu les mesures prises pour répondre aux prescrits de la DCE ; les rejets de l’entreprise deviendront proportionnellement plus importants comparés à la qualité des eaux de la Lys
> le principe de ne pas détériorer la qualité des eaux de surface et donc de limiter au maximum les rejets d’une nouvelle entreprise est un principe général imposé par la DCE."
La même étude indique que les rejets de Clarebout sont peu biodégradables.
Par ailleurs, le bassin versant de la Lys est très vaste (2.500 km²).
Sa pollution est la résultante de toute une série de déversements industriels et agricoles.
Si chaque émetteur potentiel faisait un effort pour réduire significativement sa pollution, on pourrait améliorer la situation et amorcer ainsi un nécessaire cercle vertueux. Le « pipeline Clarebout » ne répond pas à cette exigence et prend même le chemin inverse.
La firme Azulatis est un acteur important du secteur de l’eau industrielle dans ce bassin versant.
L’entreprise prétend (https://azulatis.com/fr/a-propos) avoir les capacités de « garantir une eau de très haute qualité » et de réaliser une épuration circulaire très performante.
Ici, il apparaît clairement que l’objectif d’Azulatis et/ou de ses clients (qui réalisent des plus-values financières considérables) est au contraire de dépenser le moins possible (et de faire de l'argent).
Délocaliser par pipeline les rejets et les prélèvements n’est pas une solution à la hauteur et n’est donc pas acceptable.
Problème n° 3 :
Le projet d'Azulatis hypothèque le développement futur de notre entité
L’entité de Comines-Warneton a besoin de dynamiser son développement économique. Cet objectif figure d’ailleurs en bonne place dans le « Plan stratégique transversal 2024-2030 » approuvé en mars dernier par le Conseil communal. Dans celui-ci,
· le projet 7.1.1 est la mise en œuvre de l’extension du zoning de Bas-Warneton
· le projet 7.1.2 est la mise en œuvre du Zoning des 4 Rois à Warneton.
Dans ces projets importants pour le développement économique de notre entité, l’accès à la Lys (et à la ressource en eau) est un atout important. Son usage doit donc être parcimonieux.
L’approbation du projet d’Azulatis viendrait concurrencer et compromettre cet atout.
Lorsque les ressources sont limitées, il est normal (et de bonne gestion) de privilégier les entreprises riveraines, existantes et futures. Le contraire serait inacceptable.
Notons aussi qu'il est plus aisé de contrôler les captages et rejets lorsqu'il s’agit d’entreprises locales.
Problème n° 4 :
Approuver le pipeline, c'est la porte ouverte à tous les abus.
Le projet de pipeline est une manière de régler à très bon compte un problème de gestion des eaux industrielles.
Par rapport à une épuration à la source, ce sera beaucoup plus rentable.
Cela générera, pour les entreprises clientes et pour Azulatis des bénéfices considérables, qui ne manqueront pas de susciter des appétits.
En acceptant ce projet, on ouvrirait la porte à d’autres initiatives similaires.
De quel droit alors pourrait-on s’y opposer ?
Régler par pipeline les problèmes de gestion de l’eau est inacceptable et serait suicidaire pour notre environnement.
C’est un peu comme régler par cargo le problème de gestion de nos déchets !
Problème n° 5 :
Un chantier gigantesque, qui n'ira pas sans provoquer de lourds désagréments.
Sur notre entité, le projet de pipeline couvrira concernera 15 hectares. 150 parcellles de terres sont concernées.
Il entraînera un mouvement de terres considérables (36.000 m³)
4.000 m3 sont à évacuer, ce qui représente l’équivalent de 370 camions de 16 tonnes remplis
Durant les travaux, plusieurs routes devront être momentanément coupées (essentiellement des routes et chemins de campagne, ainsi que des accès de fermes.
Les routes principales seront traversées par forages dirigés.
Certains travaux se trouvent en zone de risques d’inondation par ruissellement ou par débordement et des protections (par merlon) devront être mises en place.
La réalisation des kilomètres de tranchées n’ira sans doute pas sans risque d’impact sur des conduites existantes ou d’éboulement.
COMMENT RÉAGIR ?
En principe, les réclamations sont à introduire dans le cadre de l’enquête publique qui se termine le 3 juin prochain à 11h00.£
Le dossier peut être consulté sur rendez-vous pris 24 heures à l’avance au 056/56.10.45.
Les observations peuvent être effectuées par courriel à l’adresse suivante : environnement@villedecomines-warneton.be avant le 3 juin (*).
Elles peuvent aussi être exprimées verbalement lors d’un rendez-vous (056/56.10.45)
* La jurisprudence veut que les remarques effectuées après la clôture de l’enquête, mais avant le traitement du dossier par l’administration soient prises en compte
Important
Les parcelles privées où passeront les conduites devront faire l’objet d’une servitude avant le début des travaux.
Un propriétaire peut toujours refuser d’accorder cette servitude. Dans cette hypothèse, c’est l’ensemble du projet qui est caduc.
